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Porcs, scenarios pour la compétitivité de la filière française

Alors que la France perd des parts de marché à l’international, une journée d’échanges sur la filière porcine, organisée par l’IFIP-Institut du porc le 6 décembre 2016, a été l’occasion pour les acteurs de la filière d’entretenir leur réflexion sur la compétitivité de la filière. Retrouvez une synthèse des exposés et débats.

Alors que la France perd des parts de marché à l’international, cette journée a permis de pointer du doigt quelques caractéristiques nationales (structuration de la filière, structures de production) et de souligner le principal enjeu de la filière : l’investissement. L’ensemble de la chaîne de valeur est concerné : la production, la transformation et la distribution.

La filière porcine française affiche un net retard par rapport à ses principaux concurrents

Le marché français du porc en berne

La production nationale de porc diminue (-2 % par rapport à 2000) alors que celles de principaux concurrents, à savoir l’Allemagne (+ 28 %), l’Espagne (+ 38 %), les Pays-Bas (+ 14 %) et le Danemark (+ 11 %) augmentent sensiblement.
Cela se traduit par une forte diminution des parts de marché françaises à l’international. Si la France reste exportatrice de produits porcins, il n’en demeure pas moins que le déficit commercial des produits du porc s’accroit.
En ce qui concerne le marché intérieur, on note que la consommation nationale de porc est morose. Les français consomment moins de viande que par le passé et se tournent désormais davantage vers la viande de volaille.

Structure différente de la filière : poids lourds versus petites structures

A l’étranger des poids lourds « tirent la filière ». Implantées à l’export, ces firmes dessinent des stratégies que vont suivre les plus petites. En France, une multitude de petites structures de type familial composent l’offre du marché porcin. Il n’y a pas de véritable leadership, la construction de stratégies collectives permettrait de faire face à la concurrence internationale. Ceci fait de la qualité des relations dans la filière un facteur de compétitivité.

Des structures de production très hétérogènes

En ce qui concerne l’élevage, la France dispose de structures performantes et compétitives malgré leur petite taille. Ceci recouvre néanmoins des réalités très diverses, force est de constater que le métier d’éleveur porcin perd en attractivité.
En ce qui concerne l’activité de transformation, ces structures sont soumises à moins d’investissement qu’à l’étranger, cela se traduit par moins de modernisation d’automatisation et finalement moins de marge.

Principaux enjeux et perspectives

Aujourd’hui les investissements sont faibles en viande, ils représentent environ 0,6 % du chiffre d’affaires (pour une moitié consacrée à la R&D, et pour l’autre moitié en machines, équipements, logiciels…), contre 1,1 % dans l’IAA dans son ensemble. Lors de cette journée d’échanges, la nécessité d’accroître les investissements en production, transformation et commercialisation a été soulignée. La question de la contractualisation de la filière a été posée.

Deux à trois milliards d’euros seraient nécessaires à la modernisation des porcheries françaises.

On assiste en France à un vieillissement des porcheries. Il n’y a pas (ou peu) de créations d’élevage, les investissements consistent principalement en des reprises ou des agrandissements de structures existantes. Ceci a des conséquences sur les performances zootechniques et le travail (productivité, qualité de vie). Investir dans les élevages permettrait aux éleveurs d’être plus compétitifs (accueil d’un plan grand nombre d’animaux…) et de rendre le métier plus attractif (métier moins pénible, plus grande rentabilité…).

Investir pour faire face aux enjeux liés à la transformation

L’activité de transformation (abattage, découpe) a aujourd’hui un faible niveau de rentabilité et les trésoreries des acteurs sont faibles. Les enjeux liés à l’activité sont très importants : maîtrise sanitaire, maîtrise des impacts environnementaux, gestion de la pénibilité du travail dans un contexte de pénurie de main d’oeuvre… Les petites unités périphériques ont davantage besoin de moderniser leur structure que les plus gros centres de transformation.

Des investissements commerciaux

Alors que la consommation nationale de porc est en berne, la commercialisation de la viande de porc (porc frais et charcuterie) fait face à plusieurs enjeux majeurs en France comme à l’étranger. Il apparaît nécessaire de s’adapter à de nouveaux modes de consommation (les français passent de moins en moins de temps à table…). La viande de porc mériterait également de gagner en image (monter en gamme). Ceci nécessite, entres autres, de mieux répondre aux attentes sociétales (modes de production, aspects nutritionnels…) Ces enjeux nécessitent d’importants investissement commerciaux. Une meilleure connaissance des besoins des consommateurs pourrait contribuer au développement de la filière porcine française.

Pour une contractualisation de la filière ?

Au cours de la journée d’échanges, il a été montré que la qualité des relations dans la filière est un important facteur de compétitivité. Le contrat peut constituer un fondement des relations au sein de la filière. Il a été souligné que le recours au contrat existe depuis longtemps mais que ce contrat est généralement bipartite (Producteur/Transformateur ou Transformateur/Distributeur). Les parties prenantes de la table ronde ont insisté sur l’importance de raisonner à l’échelle de la filière et sur la pertinence d’accords tripartites (Producteur/Transformateur/Distributeur). De tels contrats permettent de mieux se protéger contre les fluctuations des cours, de garantir des débouchés/approvisionnements aux acteurs de la filière, de partager les marges plus équitablement et de garantir l’origine et la qualité d’un produit. Une telle démarche requiert néanmoins un changement de culture radical.

Cette journée d’échanges a été très stimulante pour deux raisons. La première est que cette journée proposait une réflexion sur l’ensemble de la filière. Cette réflexion a rassemblé des économistes mais aussi des intervenants issus de l’ensemble de la filière. La deuxième raison est que la réflexion ne s’est pas limitée à une compétitivité prix (comment produire à moindre coût ?) mais a aussi interrogé la compétitivité hors prix (comment se distinguer de la concurrence en proposant un produit différent ?) Ce questionnement a permis de dresser de nombreux défis, et notamment ceux de l’investissement et de l’innovation, en vue de développer la filière porcine française.

Florian FOUGY - Pôle Économie et Prospective des Chambres d’agriculture de Normandie